Un plan Marshall pout l’hôpital ! Oui mais ?

La pandémie que nous subissons renforce le lien entre les français et l ;hôpital, tant  l’engagement de ses personnels force l’admiration et le respect de tous : « Enfin !  Il était temps de prendre la mesure de la crise de notre hôpital et du besoin de le soutenir » ont repris en cœur plusieurs observateurs.

Le niveau de salaire des soignants doit, bien sûr, être augmenté, première conséquence de ce que le Président Macron a défini comme la nouvelle façon de penser la société après cette crise : qu’une infirmière, qu’un enseignant soient aussi bien payés qu’un jeune cadre d’une banque, d’une société de conseil, ou d’un service financier, voilà ce qui participerait à une société plus juste, ce que nos voisins helvètes ont compris depuis longtemps. Procéder à un vaste réaménagement des hiérarchies salariales, voilà à quoi nous incitent la réforme des retraites et la crise sanitaire dans laquelle nous sommes plongés.

Pour autant, qu’il nous soit permis de poser cinq conditions, qui feraient de ce « plan Marshall sanitaire » un véritable tremplin vers un « meilleur être » au sein d’une société plus solidaire, fondement même d’un système de santé efficient.

La première condition est surtout de ne pas abandonner la priorité donnée à la prévention. L’investissement annoncé par le chef de l’exécutif ne doit pas effacer le consensus qui s’est établie lors de la présentation du plan Ma santé 2022 et du rôle central accordé au renforcement de la prévention. L’hôpital se portera mieux si, et seulement si, chaque citoyen intègre pleinement le rôle qu’il peut et doit jouer : avant de demander ce que l’hôpital peut faire pour toi, demande-toi ce que tu peux faire pour l’hôpital, à commencer par le respect du confinement et des gestes barrières !

La seconde condition est de sortir définitivement d’un système de statuts : face à une crise telle que nous la vivons, la différence entre une clinique privée et un hôpital public est dérisoire et la concurrence que peuvent se livrer le médecin généraliste de ville et l’urgentiste hospitalier est absurde. Notre système de santé français, plutôt que d’être fondé sur un principe d’efficacité, repose d’abord sur la notion de statut (public, privé, à but non lucratif, libéral) de l’établissement ou du professionnel. Dans un monde d’ouverture et de synergie, ces statuts enferment, inhibent. Le plan annoncé doit donc permettre de sortir de ce cadre  rigide en favorisant la mobilisation de toutes les énergies qui, sur le terrain, aujourd’hui, travaillent ensemble.

La troisième condition est de renforcer l’aspect territorial et régional des politiques de santé : une analyse à courte vue serait de faire croire que la France a un système centralisé qui lui permet de garantir la même sécurité sur l’ensemble du territoire. Ce serait confondre l’efficacité d’une gestion territoriale au plus près des professionnels et des patients et l’exercice d’une solidarité nationale voire européenne. Si la sortie de crise devait se traduire par un système plus jacobin qu’aujourd’hui, nous commettrions une erreur historique. A cet égard, le plan présidentiel est une opportunité unique de penser enfin différemment le pilotage de notre système en le rapprochant des territoires.

La quatrième condition est de prioriser l’initiative et la confiance dans le cadre de contrats au détriment de l’approche normative. Il serait absurde de prévoir dans un texte réglementaire le calibrage que devrait avoir l’offre hospitalière en cas de pandémie, objectif inatteignable : il est en revanche raisonnable et efficace de prévoir la chaîne des responsabilités dans un texte contractuel, actualisé et chiffré. Faut-il rappeler que la somme des initiatives prises par des start-up et par le secteur associatif dans cette pandémie a largement fait la preuve de son efficacité face à l’imprévu et à l’adversité.

Enfin, la dernière condition est de sortir de la vision court-termiste du tout budgétaire et de redonner la priorité à la santé publique. Les choix pour la santé de nos concitoyens doivent être pensés en fonction d’un projet pour la nation, non en fonction d’un objectif national annuel de dépenses qui ne tient pas compte des investissements stratégiques à entreprendre.

Alors un plan Marshall ? Oui, mais pour la santé dans toutes ces dimensions, en mobilisant tous les acteurs et tous les moyens de notre intelligence collective et solidaire.

Benoît PERICARD – Guy VALLANCIEN – Cédric ARCOS – Philippe DENORMANDIE – Olivier MARIOTTE

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