Le renouveau du système de soin passe par les usagers et les jeunes professionnels

Il est temps de larguer les amarres d’un système fossilisé : donnons la parole aux malades et aux jeunes médecins afin d’inscrire l’accompagnement à l’autonomie en santé comme un objectif collectif prioritaire.

par Un collectif d’acteurs institutionnels, professionnels et étudiant en santé publié le 24 juin 2021 à 12h23

Lancinantes questions que celles de la pertinence de l’organisation et de l’adéquation du fonctionnement du système de santé à l’évolution de notre société. Notre système de santé a longtemps été considéré comme le meilleur au monde, à la grande satisfaction des professionnels et de l’administration… car les uns évitaient ainsi un combat fratricide et les autres, une remise en cause inconfortable. Mais force est de constater que notre système s’est avéré bien inadapté aux coups de boutoir de la Covid-19. Ségur ou pas, nous ne pouvons plus faire l’économie de quelques réflexions de fond.

La pertinence du système de santé n’a jamais été considérée comme un vrai sujet de santé publique nécessitant une pleine appropriation par les acteurs ; il n’a été abordé que sous un prisme statistique ou sous un angle comptable. Pire, sa récupération par la technostructure a donné lieu à des textes réglementaires pesants et inapplicables, loin des idées novatrices et des initiatives législatives audacieuses. Comme pour les crises précédentes, la méthode classique et éprouvée (du moins dans son inefficacité à trouver des solutions) va être certainement la nomination d’un « Monsieur Sachant ». Là, devant un parterre ému, l’éminent « toujours le même » va doctement exposer les résultats de son Xe rapport pour faire 70 propositions (dont 50 sont paraphrasées de rapports précédents), débattues lors d’assises ou autres grands-messes. S’engageront alors des batailles de chapelle, les cloches de la vindicte carillonneront et l’on trouvera bien des prétextes (voire même un ministère des Circonvolutions – cf. Dickens) pour maintenir le statu quo. Depuis 1958, l’hôpital reste prisonnier de ses statuts. Les réformes se sont faites en dehors des usagers et des professionnels, et sans créer
un environnement attractif pour ces derniers.

Sortir des sentiers battus


Avec un peu de courage, on pourrait poser d’autres jalons. Certains diront qu’ils ne seront pas efficients (afin de tuer dans l’œuf toute possibilité d’innover) mais la situation est telle que nous ne risquons plus grand-chose. Sortons des sentiers battus et ouvrons-nous à l’avis des premiers concernés : usagers, malades, personnes en situation de handicap, familles et accompagnants. Donnons-leur la parole, écoutons ce qu’ils ont à nous dire, leurs propositions de changement, leur souhait pour un système d’avenir. Après tout, la crise a montré combien la démocratie sanitaire était diversement pratiquée en temps d’épidémie. Ce ne serait donc que justice de prendre la mesure de
leurs expériences et des résultats qu’ils rapportent aux actes et prescriptions proposés. Les malades et usagers sont tout à fait qualifiés pour évaluer la pertinence des soins qui leur ont été prodigués, à l’aune notamment de l’amélioration de leur qualité de vie. Améliorer les performances organisationnelles du système de santé est certes important, mais donner à chaque usager les moyens de l’utiliser de façon efficiente est tout aussi impératif. Il serait temps d’inscrire l’accompagnement à l’autonomie en santé comme un objectif collectif prioritaire.